Construire le nouveau compte de résultat IFRS 18 :
modèles, exemples et cas pratiques

ANASS RADI
Expert IFRS
- mis à jour le 15 juillet 2026
- 12:00
- 00Min
- 00Sec
- SOMMAIRE
- 1️. La nouvelle architecture du compte de résultat selon IFRS 18
- 2️. Pourquoi l'activité principale est-elle déterminante sous IFRS 18 ?
- 3️. Construire le résultat opérationnel : le cœur du compte de résultat
- 4️. Construire la catégorie Investissement
- 5️. Construire la catégorie Financement
- 6️. Les nouveaux sous-totaux obligatoires : les principaux repères du compte de résultat
- 7️. Les trois modèles de présentation autorisés par IFRS 18 : lequel choisir ?
- 8️. Cas pratique : construire un compte de résultat conforme à IFRS 18
Construire un compte de résultat conforme à IFRS 18 ne consiste pas à déplacer quelques lignes ou à modifier la présentation d’un état financier existant. La nouvelle norme introduit une véritable logique de classement des produits et des charges, fondée sur l’activité principale de l’entreprise et sur la nature économique de chaque opération.
Derrière cette apparente simplicité se cachent de nombreuses questions pratiques. Où classer les dividendes perçus par une holding ? Les produits d’intérêts d’une banque ? Les revenus d’un dépôt à terme ? Les écarts de change sur les opérations d’exploitation ou de financement ? Les résultats de cession d’immobilisations ? Autant de situations qui nécessitent une analyse rigoureuse pour construire un compte de résultat conforme à IFRS 18.
Dans cet article, nous construirons progressivement le compte de résultat, en expliquant la logique de chaque catégorie, les principales règles de classement et les cas particuliers les plus fréquemment rencontrés dans les groupes appliquant les normes IFRS.
1. La nouvelle architecture du compte de résultat selon IFRS 18
L’une des principales innovations d’IFRS 18 est l’introduction d’une architecture commune du compte de résultat pour toutes les entreprises appliquant les normes IFRS.
Jusqu’à présent, IAS 1 laissait une certaine liberté dans la présentation de plusieurs rubriques, ce qui pouvait conduire à des comptes de résultat très différents d’une entreprise à l’autre. IFRS 18 réduit cette flexibilité en imposant un cadre de présentation plus homogène.
Concrètement, les produits et les charges doivent désormais être répartis dans cinq catégories obligatoires, auxquelles s’ajoutent des sous-totaux imposés par la norme.
Le compte de résultat s’articule ainsi autour de la structure suivante :
(Insérer ici la maquette illustrant l’architecture générale du compte de résultat IFRS 18.)
Les cinq catégories obligatoires
IFRS 18 distingue les catégories suivantes :
- la catégorie Exploitation (Operating), qui regroupe les produits et les charges liés à l’activité principale de l’entreprise ;
- la catégorie Investissement (Investing), qui comprend principalement les revenus et charges provenant des actifs générant un rendement indépendamment de l’activité principale ;
- la catégorie Financement (Financing), qui retrace les produits et les charges liés au mode de financement de l’entreprise ;
- l’impôt sur le résultat (Income Taxes), présenté séparément conformément à IAS 12 ;
- les activités abandonnées (Discontinued Operations), présentées distinctement conformément à IFRS 5.
Les sous-totaux obligatoires
En complément de ces catégories, IFRS 18 impose la présentation de deux sous-totaux essentiels :
- le Résultat opérationnel (Operating Profit) ;
- le Résultat avant financement et impôt (Profit before Financing and Income Taxes).
Ces indicateurs deviennent des repères communs à toutes les entreprises appliquant IFRS, ce qui renforce la comparabilité des performances financières.
Point d’attention
Les catégories prévues par IFRS 18 ne constituent pas de simples rubriques de présentation. Elles reposent sur une logique économique précise, fondée sur la nature des activités exercées par l’entreprise. C’est pourquoi la première étape consiste toujours à identifier correctement l’activité principale de l’entité. Cette analyse conditionne ensuite le classement de nombreux produits et charges, notamment les dividendes, les intérêts, les écarts de change ou les résultats de cession.
2. Pourquoi l'activité principale est-elle déterminante sous IFRS 18 ?
L’une des principales difficultés d’application d’IFRS 18 réside dans l’identification de l’activité principale de l’entreprise. Cette analyse est essentielle car elle détermine le classement de plusieurs produits et charges dans le compte de résultat.
En effet, IFRS 18 prévoit une règle générale, mais également une exception importante. Par exemple, certains éléments tels que les dividendes, les produits et charges d’intérêts sont classés par défaut dans les catégories Investissement ou Financement. Toutefois, lorsque ces opérations sont directement liées à l’activité principale de l’entreprise, elles doivent être classées dans la catégorie Exploitation (Operating).
Autrement dit, une même opération peut être classée dans une catégorie différente selon le modèle économique de l’entreprise.
Exemple 1 : une société industrielle
Une entreprise fabrique et commercialise des équipements électriques.
Elle place temporairement son excédent de trésorerie sur un dépôt à terme (DAT) et perçoit des intérêts.
Ces intérêts ne proviennent pas de son activité principale, qui consiste à produire et vendre des biens.
- Ils seront donc présentés dans la catégorie Investissement.
Exemple 2 : une banque
La banque accorde des crédits à ses clients et perçoit des intérêts.
Dans ce cas, les intérêts constituent directement le produit de son activité courante.
- Ils seront donc présentés dans la catégorie Exploitation.
Exemple 3 : une société holding d’investissement
L’activité principale de cette société consiste à acquérir, détenir et gérer des participations.
Les dividendes reçus de ces investissements représentent une source normale de revenus.
- Ils seront donc présentés dans la catégorie Exploitation et non dans la catégorie Investissement.
Exemple 4 : un groupe multi-métiers
Considérons un groupe dont la société mère est une holding qui consolide :
- une société industrielle
- une banque
- une compagnie d’assurance
- une société de services.
La question est alors la suivante : Les intérêts et les dividendes doivent-ils être classés différemment selon la filiale qui les génère ou selon l’activité principale du groupe ?
La réponse est que l’analyse doit être réalisée au niveau du groupe qui publie les états financiers consolidés.
Deux situations peuvent alors se présenter :
Cas n°1 : le groupe est principalement industriel
Supposons que plus de 90 % du chiffre d’affaires et du résultat proviennent de l’activité industrielle et que la banque ainsi que la compagnie d’assurance ne représentent que des activités accessoires.
Dans ce cas, l’activité principale du groupe demeure une activité industrielle.
Par conséquent :
- les dividendes perçus ;
- les revenus des placements financiers ;
- les intérêts sur la trésorerie excédentaire ;
seront généralement classés dans la catégorie Investissement, même si ces produits sont générés par certaines filiales spécialisées.
Cas n°2 : le groupe est principalement un groupe financier
À l’inverse, supposons que le groupe exerce principalement des activités de banque, d’assurance, de gestion d’actifs et de financement.
Dans cette situation, le financement des clients et la gestion d’actifs constituent l’activité principale du groupe.
Les intérêts, dividendes et autres revenus directement liés à ces activités relèveront alors de la catégorie Exploitation, car ils représentent le cœur du modèle économique du groupe.
Cette analyse doit toujours être fondée sur la réalité économique du groupe et être cohérente avec les informations communiquées dans les segments opérationnels (IFRS 8), le rapport de gestion et le pilotage interne.
Exemple 5 : les immeubles de placement
Une société industrielle possède un immeuble qu’elle loue à des tiers.
Les loyers perçus ne constituent pas son activité principale.
- Ils seront donc généralement présentés dans la catégorie Investissement.
À l’inverse, une société foncière ou une société dont l’activité consiste à acquérir, louer et gérer des immeubles de placement réalise précisément cette activité dans le cadre de son exploitation.
- Les loyers, les variations de valeur et les résultats de cession de ces immeubles relèveront alors de la catégorie Exploitation.
Tableau décisionnel :
Le jugement professionnel reste indispensable
IFRS 18 ne fournit pas une liste exhaustive des entreprises concernées par cette exception.
La norme impose au contraire d’exercer un jugement professionnel, en s’appuyant notamment sur :
- la nature des activités exercées
- les principales sources de revenus
- la manière dont la direction pilote la performance du groupe
- les informations présentées dans le reporting interne et les segments opérationnels (IFRS 8).
Cette analyse devra être cohérente d’un exercice à l’autre et être correctement documentée, notamment pour les groupes diversifiés.
Le regard IFRS PLUS
Dans les projets de mise en œuvre d’IFRS 18, la première difficulté n’est généralement pas la production du nouveau compte de résultat. Elle consiste à documenter la notion d’activité principale et à formaliser les critères retenus pour le classement des dividendes, intérêts, revenus de placement, écarts de change et autres produits financiers. Cette réflexion doit être menée dès le début du projet, car elle conditionnera l’ensemble de la présentation du compte de résultat consolidé.
3. Construire le résultat opérationnel : le cœur du compte de résultat
Le résultat opérationnel (Operating Profit) constitue désormais le principal indicateur de performance introduit par IFRS 18. Il mesure la performance générée par l’activité principale de l’entreprise, indépendamment de ses activités d’investissement, de sa politique de financement et de sa charge d’impôt.
La première étape consiste donc à identifier les produits et les charges qui participent directement à cette activité.
Quels produits relèvent de la catégorie Exploitation ?
Pour une entreprise industrielle, commerciale ou de services, la catégorie Exploitation comprend notamment :
- le chiffre d’affaires
- les variations de stocks
- les autres produits d’exploitation
- les subventions d’exploitation
- les reprises de provisions d’exploitation.
Ces produits correspondent directement au cycle normal d’exploitation de l’entreprise.
Quelles charges relèvent de la catégorie Exploitation ?
On y retrouve notamment :
- les achats consommés
- les charges de personnel
- les impôts et taxes d’exploitation
- les dotations aux amortissements et aux dépréciations
- les autres charges d’exploitation.
Autrement dit, toutes les charges nécessaires à la réalisation de l’activité principale.
Les produits et charges de change : un point d’attention particulier
Le traitement des écarts de change est probablement l’un des points d’attention spécifique d’IFRS 18.
Contrairement aux anciennes pratiques qui consistaient parfois à présenter l’ensemble des résultats de change dans le résultat financier, IFRS 18 retient une logique économique.
Le résultat de change est classé dans la même catégorie que l’opération dont il est issu.
Quelques exemples :
Ainsi, une perte de change sur une facture fournisseur en dollars ne relève pas de la catégorie Financement. Elle suit le traitement comptable de l’achat auquel elle se rattache et est donc présentée en Exploitation.
De même, dans les comptes consolidés, les écarts de change provenant de créances et dettes intra-groupe éliminées disparaissent lors des écritures de consolidation et n’affectent donc pas le compte de résultat consolidé. En revanche, les écarts de change relatifs à des opérations avec des tiers demeurent classés selon la nature économique de l’opération concernée.
Les produits et charges directement liés à l’activité principale
Certaines opérations, traditionnellement présentées dans le résultat financier, peuvent relever de la catégorie Exploitation lorsqu’elles constituent le cœur du modèle économique de l’entreprise.
À titre d’exemple :
- les intérêts perçus par une banque sur les crédits accordés à ses clients ;
- les revenus de leasing d’une société dont l’activité principale est le crédit-bail ;
- les revenus locatifs d’une foncière dont l’activité consiste à détenir et exploiter des immeubles de placement ;
- les dividendes perçus par une holding d’investissement lorsque la gestion de participations constitue son activité principale.
Ces situations illustrent parfaitement la philosophie d’IFRS 18 : ce n’est pas la nature juridique de l’opération qui détermine son classement, mais sa contribution à l’activité principale de l’entreprise.
Le regard IFRS PLUS
En pratique, les entreprises ont souvent tendance à assimiler le résultat opérationnel au résultat d’exploitation présenté jusqu’à présent. Cette approche est réductrice. Sous IFRS 18, le résultat opérationnel ne dépend plus uniquement de la nature des comptes utilisés, mais surtout de la réalité économique de l’activité exercée. Cette évolution impose souvent de revoir le mapping comptable et les règles de classement utilisées dans les outils de consolidation et de reporting.
4. Construire la catégorie Investissement
La catégorie Investissement (Investing) regroupe les produits et les charges provenant des actifs qui génèrent un rendement indépendamment de l’activité principale de l’entreprise.
L’objectif est d’isoler les revenus issus de la gestion des investissements afin de les distinguer de la performance opérationnelle.
Autrement dit, lorsqu’un actif est détenu pour générer un rendement mais ne participe pas directement à l’activité principale de l’entreprise, les produits et les charges qui lui sont associés relèvent généralement de la catégorie Investissement.
Les revenus de placement
Les revenus provenant du placement des excédents de trésorerie sont généralement classés dans la catégorie Investissement.
Il s’agit notamment :
- des intérêts sur les dépôts à terme (DAT)
- des produits issus des comptes rémunérés
- des revenus des obligations et autres placements financiers.
Exception : lorsque l’activité principale de l’entreprise consiste à financer des clients (banque, établissement de crédit…) ou à investir dans des actifs, ces produits pourront relever de la catégorie Exploitation.
Les dividendes reçus
Par principe, les dividendes perçus sur des participations sont présentés dans la catégorie Investissement.
Toutefois, IFRS 18 prévoit une exception lorsque l’investissement constitue une activité principale de l’entreprise.
C’est notamment le cas :
- des holdings d’investissement
- des sociétés de capital-investissement
- de certains fonds d’investissement.
Dans ces situations, les dividendes participent directement à la performance opérationnelle et sont donc classés en Exploitation.
En revanche, dans les comptes consolidés, les dividendes intra-groupe sont éliminés. Seuls les dividendes provenant de participations détenues hors du périmètre de consolidation demeurent présentés dans le compte de résultat consolidé.
Les immeubles de placement
Le classement dépend également de l’activité principale de l’entreprise.
Cas n°1 : société industrielle
Une entreprise industrielle possède un immeuble qu’elle met en location afin d’optimiser sa trésorerie.
Les loyers perçus ainsi que le résultat de cession de cet immeuble relèvent généralement de la catégorie Investissement, car cette activité n’est pas au cœur de son modèle économique.
Cas n°2 : société foncière
À l’inverse, une société dont l’activité consiste à acquérir, louer et gérer des immeubles de placement exerce précisément cette activité dans le cadre de son exploitation.
Les loyers, les variations de juste valeur (lorsqu’elles sont applicables) ainsi que les résultats de cession relèvent alors de la catégorie Exploitation.
Les cessions d’immobilisations
Les produits et charges liés à la cession d’un actif doivent être analysés selon le rôle de cet actif dans l’activité de l’entreprise.
Attention : sous IFRS 18, on n’adopte pas automatiquement le raisonnement d’IAS 7. Dans le tableau des flux de trésorerie, les cessions d’immobilisations corporelles sont généralement présentées en flux d’investissement. Mais le classement en compte de résultat sous IFRS 18 repose sur une autre logique : le rôle de l’actif cédé dans le modèle d’activité de l’entreprise.
Ainsi, pour une société industrielle, le gain ou la perte de cession sera généralement présenté :
- en catégorie Investissement, lorsque l’actif cédé génère un rendement individuellement et largement indépendamment des autres ressources de l’entreprise. C’est par exemple le cas d’un actif financier, d’un prêt accordé ou d’un immeuble de placement non utilisé dans l’exploitation ;
- en catégorie Exploitation, lorsque l’actif cédé est utilisé dans le cadre de l’activité opérationnelle de l’entreprise. C’est par exemple le cas d’une machine, d’un terrain, d’un bâtiment industriel ou d’un équipement utilisé pour produire ou fournir des biens ou services.
Les revenus liés aux actifs IAS 19
Les revenus financiers générés par les actifs d’un régime à prestations définies, visés par IAS 19, sont également présentés dans la catégorie Investissement.
Ils correspondent à un rendement financier indépendant de l’activité principale de l’entreprise.
Les écarts de change
Les écarts de change suivent toujours la catégorie de l’élément auquel ils se rapportent.
Ainsi :
- un écart de change sur un dépôt à terme sera classé en Investissement
- un écart de change sur une participation financière suivra également cette catégorie.
Le classement ne dépend donc pas de la nature “financière” du change, mais bien de l’opération sous-jacente.
Le regard IFRS PLUS
En pratique, la catégorie Investissement est souvent surestimée. De nombreuses entreprises y classent systématiquement tous les produits financiers. Cette approche est contraire à IFRS 18. La première question à se poser est toujours la suivante : l’opération est-elle directement liée à l’activité principale de l’entreprise ? Si la réponse est oui, le classement relèvera généralement de la catégorie Exploitation, même si l’opération concerne des dividendes, des intérêts ou des immeubles de placement
5. Construire la catégorie Financement
La catégorie Financement (Financing) regroupe les produits et les charges résultant des opérations mises en place pour obtenir ou rembourser les ressources financières nécessaires au financement de l’entreprise.
Autrement dit, cette catégorie reflète les conséquences de la politique de financement de l’entreprise et non de son activité opérationnelle.
Les charges d’intérêts sur les emprunts
Pour la majorité des entreprises, les intérêts versés sur les emprunts bancaires, les obligations ou les autres dettes financières sont classés dans la catégorie Financement.
Ils représentent le coût des ressources financières mobilisées pour financer les activités de l’entreprise.
Les écarts de change sur les dettes financières
Les écarts de change suivent toujours le classement de l’élément auquel ils se rapportent.
Ainsi, les différences de change constatées sur :
- un emprunt en devise
- une obligation libellée en monnaie étrangère
- une dette financière envers un établissement bancaire,
seront classées dans la catégorie Financement.
En revanche, les écarts de change relatifs aux créances clients ou aux dettes fournisseurs continueront d’être présentés dans la catégorie Exploitation, car ils se rattachent au cycle d’exploitation.
Les intérêts intra-groupe en consolidation
Dans les comptes consolidés, les intérêts facturés entre les sociétés du groupe sont éliminés au même titre que les autres opérations intra-groupe.
Par conséquent, seuls les intérêts versés ou perçus vis-à-vis des tiers demeurent présentés dans le compte de résultat consolidé.
Cette règle s’applique également aux écarts de change directement liés à ces intérêts intra-groupe lorsqu’ils sont annulés dans le cadre des écritures de consolidation.
Les autres opérations de financement
La catégorie Financement comprend également, selon les situations, les produits et les charges directement liés aux opérations de financement, notamment :
- les coûts de financement non incorporés au coût d’un actif selon IAS 23
- certains coûts de transaction liés aux emprunts
- les intérêts calculés selon la méthode du taux d’intérêt effectif.
Ces éléments suivent la même logique : ils traduisent le coût ou le rendement des ressources financières utilisées par l’entreprise.
Le regard IFRS PLUS
Une erreur fréquente consiste à considérer que tout ce qui est financier relève automatiquement de la catégorie Financement. Ce n’est pas le cas. IFRS 18 distingue clairement la nature de l’opération de son rôle économique. Ainsi, un intérêt, un dividende ou un écart de change peut relever de l’Exploitation, de l’Investissement ou du Financement selon le contexte. Le classement doit toujours être justifié par la logique économique retenue par la norme.
6️. Les nouveaux sous-totaux obligatoires : les principaux repères du compte de résultat
L’une des principales innovations d’IFRS 18 est l’introduction de deux sous-totaux obligatoires, qui deviennent désormais des repères communs à toutes les entreprises appliquant les normes IFRS.
Ces sous-totaux ne sont pas de simples indicateurs de gestion. Ils font désormais partie intégrante de la structure du compte de résultat et doivent être présentés de manière systématique.
Le résultat opérationnel (Operating Profit)
Le premier sous-total obligatoire est le résultat opérationnel (Operating Profit).
Il correspond au résultat dégagé par l’activité principale de l’entreprise, après prise en compte de l’ensemble des produits et des charges classés dans la catégorie Exploitation.
Il constitue désormais le principal indicateur de performance opérationnelle prévu par les normes IFRS.
Le résultat avant financement et impôt
Le second sous-total obligatoire est le résultat avant financement et impôt (Profit before Financing and Income Taxes).
Il est obtenu en ajoutant au résultat opérationnel les produits et les charges de la catégorie Investissement, avant la prise en compte des produits et charges de Financement et de la charge d’impôt.
Ce sous-total permet d’apprécier la performance économique de l’entreprise indépendamment de sa structure de financement et de sa fiscalité.
Une construction progressive du compte de résultat
La logique retenue par IFRS 18 peut être résumée de la manière suivante :
Le regard IFRS PLUS
Contrairement à l’EBIT ou à l’EBITDA, dont le calcul peut varier d’une entreprise à l’autre, les sous-totaux introduits par IFRS 18 sont définis par la norme. Ils constituent désormais un langage commun entre les entreprises, les investisseurs et les analystes financiers, améliorant ainsi la comparabilité des états financiers.
7. Les trois modèles de présentation autorisés par IFRS 18 : lequel choisir ?
IFRS 18 n’impose pas un modèle unique de compte de résultat. Les entreprises conservent une certaine flexibilité dans la présentation de leurs charges d’exploitation.
La norme autorise ainsi trois modèles de présentation :
- la présentation par nature ;
- la présentation par fonction ;
- une présentation mixte, combinant les deux approches lorsque cette présentation fournit une information plus pertinente.
En revanche, quelle que soit la méthode retenue, les catégories et les sous-totaux obligatoires introduits par IFRS 18 doivent être respectés.
LE MODÈLE PAR NATURE
Dans cette présentation, les charges sont regroupées selon leur nature économique, sans être réparties entre les différentes fonctions de l’entreprise.
On retrouve par exemple :
- achats consommés
- charges de personnel
- impôts et taxes
- amortissements
- dépréciations
- autres charges d’exploitation.
Les avantages
- présentation simple à produire
- peu de retraitements analytiques
- cohérence avec la comptabilité générale
- particulièrement adaptée aux groupes industriels ou aux PME.
Les limites
- elle met moins en évidence la marge brute
- les coûts de production, de commercialisation et d’administration ne sont pas distingués.
Exemple de compte de résultat IFRS 18 – Présentation par nature :
Le regard IFRS PLUS
Ce modèle est généralement le plus simple à mettre en œuvre lors d’un projet IFRS 18 ou de première mise en place des IFRS, car il nécessite peu d’adaptations du plan de comptes et du mapping de consolidation.
LE MODÈLE PAR FONCTION
Dans ce modèle, les charges sont regroupées selon la fonction qu’elles remplissent dans l’entreprise.
On distingue notamment :
- coût des ventes
- frais commerciaux
- frais administratifs
- recherche et développement
- autres fonctions.
Cette présentation fait apparaître directement des indicateurs largement utilisés par les investisseurs, notamment la marge brute.
Les avantages
- meilleure lecture de la performance opérationnelle
- très utilisé par les groupes cotés
- offre une vision analytique de la performance opérationnelle
- facilite les comparaisons sectorielles.
Les limites
- nécessite une comptabilité analytique fiable
- implique des clés de répartition robustes pour ventiler certaines charges.
A noter que si l’entreprise opte pour le modèle par fonction, elle est tenue de fournir en annexe la ventilation des charges par nature.
Exemple de compte de résultat IFRS 18 – Présentation par fonction :
Le regard IFRS PLUS
En pratique, la principale difficulté ne réside pas dans la présentation du compte de résultat, mais dans la qualité des données analytiques. Sans système d’information performant, la production d’un compte de résultat par fonction peut rapidement devenir complexe et coûteuse.
LE MODÈLE MIXTE
IFRS 18 autorise, dans certaines situations, une présentation combinant les approches par nature et par fonction. Toutefois, cette possibilité demeure strictement encadrée et ne constitue pas une troisième méthode librement interchangeable avec les deux autres.
Selon les paragraphes B80 à B82 d’IFRS 18, une présentation mixte n’est admise que lorsqu’elle permet de fournir un résumé structuré des produits et des charges plus utile pour les utilisateurs des états financiers. Elle est notamment justifiée lorsqu’il serait arbitraire ou impossible d’affecter de manière fiable certaines charges à une fonction déterminée.
Les avantages
- offre une grande souplesse de présentation
- permet d’améliorer la pertinence de l’information financière dans des situations particulières
- évite des répartitions arbitraires de certaines charges entre les différentes fonctions.
Les limites
- réservée à des situations exceptionnelles et dûment justifiées (IFRS 18 §B80 à §B82)
- peut réduire la comparabilité si elle est utilisée de manière excessive
- nécessite une documentation solide des critères retenus afin d’assurer la cohérence et la comparabilité des états financiers.
Exemple de compte de résultat IFRS 18 – Présentation mixte :
Le regard IFRS PLUS
En pratique, la présentation mixte ne doit pas être choisie pour simplifier la production du compte de résultat. Elle ne se justifie que lorsque la présentation exclusivement par nature ou exclusivement par fonction ne permet pas de fournir une information fidèle et pertinente. Les groupes qui retiennent cette approche devront être en mesure de documenter précisément les raisons de ce choix.
Pour conclure
Le choix entre les trois modèles n’a aucun impact sur le résultat net de l’entreprise.
Il influence uniquement la manière de présenter la performance financière.
Quel que soit le modèle retenu, l’entreprise doit respecter les catégories et les sous-totaux obligatoires introduits par IFRS 18 afin de garantir la comparabilité de ses états financiers
8. Cas pratique : construire un compte de résultat conforme à IFRS 18
Après avoir étudié les règles de classement prévues par IFRS 18, appliquons-les à travers un exemple simplifié.
Une société industrielle présente les opérations suivantes au titre de l’exercice N :
L’objectif est de déterminer la catégorie IFRS 18 dans laquelle chaque opération doit être présentée.
ÉTAPE 1 : CLASSER LES OPÉRATIONS
Cette première étape est essentielle : IFRS 18 consiste avant tout à classer correctement les opérations avant de construire le compte de résultat.
ÉTAPE 2 : CONSTRUIRE LES SOUS-TOTAUX IFRS 18
Le compte de résultat se présente alors comme suit :
Les enseignements du cas
Ce cas pratique met en évidence plusieurs principes fondamentaux d’IFRS 18 :
- les écarts de change suivent toujours la catégorie de l’opération sous-jacente : un écart de change sur une créance client relève de l’Exploitation, tandis qu’un écart de change sur un dépôt à terme ou sur un emprunt est respectivement classé en Investissement ou en Financement ;
- les produits et charges liés à la cession d’une immobilisation utilisée dans l’activité principale (prix de cession et valeur nette comptable) sont généralement présentés dans la catégorie Exploitation, et non dans la catégorie Investissement comme en IAS 7 ;
- les revenus des placements, tels que les intérêts sur un dépôt à terme (DAT) ou les dividendes reçus, relèvent par principe de la catégorie Investissement, sauf lorsque l’investissement constitue l’activité principale de l’entreprise (holding d’investissement, fonds d’investissement, etc.) ;
- les charges et produits liés au financement, tels que les intérêts sur emprunts, les intérêts sur les contrats de location (IFRS 16) ou les gains liés à la renégociation d’une dette financière, sont présentés dans la catégorie Financement, sauf lorsque le financement constitue l’activité principale de l’entreprise (banque, établissement de crédit…).

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- 1️. La nouvelle architecture du compte de résultat selon IFRS 18
- 2️. Pourquoi l'activité principale est-elle déterminante sous IFRS 18 ?
- 3️. Construire le résultat opérationnel : le cœur du compte de résultat
- 4️. Construire la catégorie Investissement
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