IFRS 18 : comment réussir sa mise en place avant 2027 ?

ANASS RADI
Expert IFRS
- mis à jour le 29 juillet 2026
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- SOMMAIRE
IFRS 18 est l’une des réformes les plus importantes de ces dernières années en matière de présentation des états financiers. Publiée par l’IASB en avril 2024, elle remplacera IAS 1 et s’appliquera aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, avec une application anticipée possible.
À première vue, IFRS 18 peut donner l’impression d’être une simple réforme de présentation du compte de résultat. En réalité, sa mise en place est beaucoup plus large. Elle oblige les groupes à revoir la structure de leur compte de résultat, leurs indicateurs de performance, leurs annexes, leurs systèmes de reporting, leurs processus de consolidation et même leur communication financière.
L’enjeu n’est donc pas seulement de « changer la forme » des états financiers. L’enjeu est de préparer une transition maîtrisée, cohérente et documentée avant l’entrée en application obligatoire.
1. Comprendre ce qui change vraiment avec IFRS 18
IFRS 18 vise principalement à améliorer la comparabilité et la transparence de la performance financière. L’IASB a constaté que les entreprises présentaient leurs résultats selon des formats très différents, ce qui rendait les comparaisons difficiles pour les investisseurs. IFRS 18 répond à cette difficulté en introduisant une structure plus standardisée du compte de résultat.
La norme introduit notamment trois grands changements.
D’abord, les produits et charges devront être classés dans de nouvelles catégories, principalement : opérationnel, investissement et financement. À cela s’ajoutent les catégories relatives à l’impôt sur le résultat et aux activités abandonnées. Cette nouvelle structure doit permettre de mieux comprendre d’où vient la performance de l’entreprise.
Ensuite, IFRS 18 impose de nouveaux sous-totaux obligatoires, notamment le résultat opérationnel et le résultat avant financement et impôt sur le résultat. Ces sous-totaux deviennent des points de repère communs pour les utilisateurs des états financiers.
Enfin, la norme encadre davantage les Management Performance Measures, ou MPM. Il s’agit des sous-totaux de produits et de charges utilisés par la direction dans sa communication publique pour présenter sa propre vision de la performance financière. IFRS 18 impose de les expliquer, de les rapprocher des agrégats IFRS et de présenter les informations correspondantes en annexe.
Consultez nos articles sur la nouvelle norme IFRS 18 :
- Comment appliquer la nouvelle norme IFRS 18 ?
- Management Performance Measures (MPM) sous IFRS 18,
2. Pourquoi il ne faut pas attendre 2027
Beaucoup d’entreprises pourraient être tentées d’attendre la clôture 2027 pour traiter IFRS 18. Ce serait une erreur.
La norme s’appliquera à partir de 2027, mais elle devra être appliquée de manière rétrospective. Cela signifie que les informations comparatives devront également être retraitées. L’ESMA rappelle ainsi que les émetteurs devront retraiter l’information comparative de l’exercice précédent et appliquer les nouvelles exigences dans les états financiers intermédiaires de l’année de première application.
En pratique, pour un groupe clôturant au 31 décembre, les chiffres 2026 devront être capables d’être présentés selon la logique IFRS 18 dans les états financiers 2027. Il ne suffit donc pas de modifier une maquette à la fin de 2027. Il faut s’assurer dès maintenant que les données nécessaires peuvent être collectées, classées, contrôlées et restituées correctement.
C’est pour cette raison que plusieurs publications professionnelles insistent sur la nécessité de commencer tôt : IFRS 18 peut avoir des impacts sur les systèmes IT, les outils de consolidation, les reportings internes, les indicateurs de performance et les échanges avec les auditeurs.
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3. Les principaux chantiers de mise en place
La mise en œuvre d’IFRS 18 peut être organisée autour de cinq chantiers prioritaires.
Chantier 1 : analyser le compte de résultat actuel
La première étape consiste à partir du compte de résultat existant et à identifier les lignes qui devront être reclassées selon les nouvelles catégories IFRS 18.
Il faut notamment se poser les questions suivantes :
- Quelles lignes relèvent de l’activité opérationnelle ?
- Quelles lignes doivent être classées en investissement ?
- Quelles lignes relèvent du financement ?
- Quels sous-totaux sont actuellement présentés ?
- Les libellés utilisés sont-ils suffisamment clairs ?
Ce diagnostic est essentiel, car la classification peut varier selon l’activité principale de l’entreprise. Par exemple, certaines entités financières ou sociétés d’investissement peuvent avoir des règles de classement spécifiques.
Chantier 2 : identifier les MPM utilisés par le management
La deuxième étape consiste à recenser les indicateurs de performance utilisés dans la communication financière : rapport annuel, présentations investisseurs, communiqués de résultats, commentaires de gestion, supports analystes, etc.
L’objectif est d’identifier les indicateurs qui pourraient être considérés comme des MPM au sens d’IFRS 18.
Un EBITDA ajusté, un résultat opérationnel courant, un résultat récurrent ou un résultat avant éléments non récurrents peuvent, selon les cas, entrer dans le champ des MPM s’ils sont utilisés publiquement par la direction pour expliquer la performance financière.
Pour chaque MPM identifié, l’entreprise devra être capable d’expliquer son utilité, sa méthode de calcul, son rapprochement avec un agrégat IFRS et les éventuelles modifications de méthode dans le temps.
Chantier 3 : revoir l’agrégation et la désagrégation
IFRS 18 renforce également les principes d’agrégation et de désagrégation. Autrement dit, l’entreprise devra mieux justifier ce qu’elle regroupe dans une même ligne et ce qu’elle présente séparément.
L’objectif est d’éviter que des informations importantes soient noyées dans des postes trop génériques comme « autres charges » ou « autres produits ». L’ESMA insiste sur ce point : les informations doivent être regroupées ou détaillées en fonction de leurs caractéristiques et du rôle respectif des états primaires et des notes annexes.
Ce chantier est important, car il peut conduire à revoir les maquettes d’états financiers, les notes annexes et parfois le niveau de détail disponible dans les systèmes.
Chantier 4 : adapter les systèmes et les reporting packages
IFRS 18 n’est pas seulement un sujet comptable. C’est aussi un sujet de données.
Les groupes devront s’assurer que leurs ERP, outils de consolidation et reporting packages permettent de produire automatiquement les nouvelles catégories du compte de résultat, les nouveaux sous-totaux et les informations nécessaires aux notes annexes.
Cela peut impliquer :
- la mise à jour du plan de comptes ;
- l’ajout de nouvelles dimensions de reporting ;
- la modification des liasses de consolidation ;
- l’adaptation des états de restitution ;
- la création de contrôles spécifiques sur les reclassements ;
- l’automatisation des rapprochements liés aux MPM.
Ce point est souvent sous-estimé. Pourtant, les difficultés de mise en œuvre viennent rarement de la compréhension théorique de la norme. Elles viennent souvent de la capacité à produire une information fiable, traçable et auditable dans les délais de clôture.
Chantier 5 : organiser la gouvernance du projet
La réussite d’IFRS 18 suppose une gouvernance claire.
Le sujet ne doit pas rester limité à l’équipe consolidation ou à la direction comptable. Il doit aussi impliquer le contrôle de gestion, les relations investisseurs, les équipes IT, la fiscalité, les auditeurs et, dans certains cas, la direction générale.
Pourquoi ? Parce qu’IFRS 18 touche à la manière dont l’entreprise explique sa performance.
Un indicateur utilisé dans une présentation investisseurs peut désormais avoir un impact sur les notes aux états financiers. Un sous-total suivi par le management peut devenir un MPM. Une ligne du compte de résultat peut devoir être reclassée. Une information auparavant présentée de manière globale peut devoir être désagrégée.
La transition doit donc être pilotée comme un projet de reporting financier, et non comme une simple mise à jour de maquette.
4. Une feuille de route pratique pour réussir la transition
Pour réussir la mise en place d’IFRS 18, une démarche progressive peut être retenue.
La première étape consiste à réaliser un diagnostic IFRS 18 du compte de résultat actuel, des indicateurs de performance et des notes annexes.
La deuxième étape consiste à construire une première maquette IFRS 18, en identifiant les reclassements nécessaires et les nouveaux sous-totaux à présenter.
La troisième étape consiste à recenser les MPM et à préparer les rapprochements avec les agrégats IFRS.
La quatrième étape consiste à adapter les outils de reporting et les liasses de consolidation pour éviter les retraitements manuels en fin de processus.
La cinquième étape consiste à réaliser un dry run, c’est-à-dire un test sur une période comparative, par exemple sur les données 2026, afin d’identifier les difficultés pratiques avant la première application officielle.
Enfin, la dernière étape consiste à documenter les jugements, échanger avec les auditeurs et préparer la communication financière.
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5. Les pièges à éviter
Le premier piège serait de considérer IFRS 18 comme une simple réforme de présentation. C’est une réforme de la communication de la performance financière.
Le deuxième piège serait d’attendre 2027. Compte tenu de l’application rétrospective et des comparatifs à retraiter, les groupes doivent anticiper bien avant la première publication officielle.
Le troisième piège serait de traiter les MPM trop tard. Or, les MPM nécessitent une analyse fine des communications publiques et une cohérence entre les états financiers, le rapport annuel et les présentations aux investisseurs.
Le quatrième piège serait de sous-estimer les impacts systèmes. Une information non disponible dans les outils devra être retraitée manuellement, avec des risques d’erreur, de perte de traçabilité et de difficulté d’audit.
Le cinquième piège serait de ne pas impliquer les bonnes parties prenantes. IFRS 18 concerne la direction financière, mais aussi le contrôle de gestion, l’IT, les relations investisseurs, les auditeurs et les organes de gouvernance.
Ce qu’il faut retenir
IFRS 18 ne modifie pas la performance économique des entreprises. Mais elle modifie profondément la manière dont cette performance est présentée, structurée et expliquée.
Pour réussir sa mise en place avant 2027, les groupes doivent anticiper trois questions essentielles :
Comment mon compte de résultat devra-t-il être restructuré ?
Quels indicateurs utilisés par le management deviendront des MPM ?
Mes systèmes et mes processus permettent-ils de produire une information IFRS 18 fiable, documentée et auditable ?
La transition vers IFRS 18 doit donc être préparée dès maintenant. Les groupes qui commenceront tôt auront un avantage clair : ils pourront tester leurs choix, fiabiliser leurs données, sécuriser leurs comparatifs et construire une communication financière plus claire avant l’entrée en application obligatoire.
IFRS 18 n’est pas seulement une nouvelle norme de présentation. C’est une opportunité de rendre la performance financière plus lisible, plus comparable et plus transparente.
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