Les Management Performance Measures (MPM) sous IFRS 18 :
comprendre les nouvelles obligations et leur application pratique

anass radi

ANASS RADI

Expert IFRS

  • 00Min
  • 00Sec

Le point de départ

Les Management Performance Measures (MPM) constituent l’une des principales nouveautés introduites par IFRS 18. Jusqu’à présent, de nombreuses entreprises communiquaient des indicateurs de performance tels que l’EBITDA ajusté, le ROC (Résultat opérationnel courant) ou le résultat récurrent, sans cadre de présentation harmonisé. Cette situation a suscité de nombreuses critiques de la part des investisseurs, notamment en raison d’un manque de transparence, de comparabilité, de permanence des méthodes et parfois même de pertinence de certains indicateurs.

IFRS 18 ne remet pas en cause l’utilisation de ces indicateurs. En revanche, la norme impose désormais des règles précises de présentation et d’information en annexe afin d’améliorer la transparence et la comparabilité des états financiers.

Dans cet article, nous verrons ce qu’est un Management Performance Measure (MPM), quels indicateurs sont concernés, quelles sont les nouvelles obligations prévues par IFRS 18 et comment les appliquer concrètement à travers des exemples pratiques.

Les Management Performance Measures (MPM) sous IFRS 18

1️. Qu'est-ce qu'un Management Performance Measure (MPM) ?

Les Management Performance Measures, ou MPM, sont l’une des principales nouveautés introduites par IFRS 18 en matière de présentation de la performance financière.

Un MPM correspond à un sous-total de produits et de charges qui n’est pas imposé par les normes IFRS, mais que la direction utilise dans ses communications publiques pour expliquer la performance financière de l’entreprise.

Autrement dit, il s’agit d’un indicateur construit par le management pour traduire sa propre lecture de la performance. L’objectif n’est pas de remplacer les agrégats IFRS, mais de les compléter en expliquant comment la direction analyse, suit et commente les résultats de l’entreprise.

Ces indicateurs sont généralement présentés dans les supports de communication financière, notamment :

  • les rapports annuels
  • les communiqués de résultats
  • les présentations aux investisseurs
  • les commentaires de gestion
  • les supports utilisés lors des réunions avec les analystes financiers.

L’intérêt des MPM est évident : ils peuvent permettre aux investisseurs de mieux comprendre la performance opérationnelle ou récurrente de l’entreprise, notamment lorsque le résultat IFRS comprend des éléments jugés exceptionnels, non récurrents ou peu représentatifs de l’activité normale.

Mais cette utilité suppose une condition essentielle : la transparence.

En effet, un MPM n’a de valeur informative que si l’entreprise explique clairement :

  • comment il est calculé
  • pourquoi il est utile pour comprendre la performance
  • comment il se rapproche des agrégats IFRS
  • et si sa méthode de calcul est appliquée de manière cohérente dans le temps.

C’est précisément l’un des apports majeurs d’IFRS 18 : encadrer ces indicateurs afin de renforcer leur lisibilité, leur comparabilité et leur fiabilité.

Les MPM ne doivent pas être confondus avec les APM

Les Management Performance Measures (MPM) et les Alternative Performance Measures (APM) poursuivent un objectif similaire : compléter l’information fournie par les états financiers IFRS. Ils ne recouvrent toutefois pas exactement le même périmètre.

Les APM sont définis par les Orientations de l’ESMA (European Securities and Markets Authority). Ils regroupent l’ensemble des indicateurs financiers qui ne sont pas définis par les normes IFRS et qui sont communiqués en dehors des états financiers, par exemple dans le rapport de gestion, les communiqués de presse ou les présentations aux investisseurs.

Les MPM, quant à eux, constituent une catégorie particulière d’APM introduite par IFRS 18. Ils concernent uniquement les sous-totaux du compte de résultat que la direction utilise dans ses communications publiques pour expliquer la performance financière de l’entreprise.

La distinction peut donc se résumer ainsi :

  • tous les MPM sont généralement des APM ;
  • mais tous les APM ne sont pas des MPM.

Par exemple, un EBITDA ajusté ou un résultat opérationnel courant présenté dans un rapport annuel peut constituer un MPM, car il s’agit d’un sous-total du compte de résultat utilisé par la direction pour commenter la performance.

En revanche, une dette nette, un Free Cash Flow ou un ROCE peuvent constituer des APM, mais ne sont généralement pas des MPM, car ils ne correspondent pas à des sous-totaux de produits et de charges du compte de résultat.

2. Quels indicateurs sont considérés comme des MPM ?

Tous les indicateurs alternatifs de performance ne sont pas automatiquement des MPM.

Pour qu’un indicateur soit qualifié de MPM au sens d’IFRS 18, il doit généralement répondre à trois critères principaux.

Premier critère : l’indicateur doit être un sous-total de produits et de charges

Le MPM doit être rattaché au compte de résultat. Il doit donc correspondre à un sous-total construit à partir de produits et de charges.

C’est pourquoi les indicateurs comme la dette nette, le Free Cash Flow ou le besoin en fonds de roulement ne sont généralement pas des MPM : ils ne représentent pas des sous-totaux de produits et de charges.

À l’inverse, des indicateurs comme l’EBITDA ajusté, le résultat opérationnel courant ou le résultat avant éléments non récurrents peuvent relever de la définition des MPM lorsqu’ils sont utilisés pour expliquer la performance financière.

Deuxième critère : l’indicateur ne doit pas être spécifié par les normes IFRS

Un MPM est, par nature, un indicateur qui n’est pas défini ou imposé par les normes IFRS.

Ainsi, les sous-totaux imposés par IFRS 18, comme le résultat opérationnel ou le résultat avant financement et impôt sur le résultat, ne constituent pas des MPM lorsqu’ils sont présentés tels que définis par la norme.

En revanche, dès lors que l’entreprise présente un sous-total ajusté ou retraité, par exemple un résultat opérationnel courant ou un résultat opérationnel avant éléments non récurrents, cet indicateur peut entrer dans le champ des MPM s’il est utilisé dans les communications publiques.

Troisième critère : l’indicateur doit être utilisé dans les communications publiques

Un indicateur ne devient pas un MPM simplement parce qu’il est suivi en interne par le management.

Pour être qualifié de MPM, il doit être utilisé dans les communications publiques de l’entreprise, c’est-à-dire dans les documents ou supports destinés aux investisseurs, aux analystes ou au marché.

Un indicateur utilisé uniquement dans un tableau de bord interne, sans être communiqué à l’extérieur, ne constitue donc pas un MPM au sens d’IFRS 18.

Exemples d’indicateurs pouvant être des MPM

Les indicateurs suivants peuvent généralement être considérés comme des MPM lorsqu’ils sont utilisés publiquement par la direction pour commenter la performance financière :

  • l’EBITDA ajusté ;
  • le résultat opérationnel courant ;
  • le résultat opérationnel ajusté ;
  • le résultat récurrent ;
  • le résultat avant éléments non récurrents ;
  • le résultat normalisé ;
  • le résultat avant charges de restructuration ;
  • le résultat avant dépréciations exceptionnelles ;
  • le résultat avant effets liés à une acquisition ou à une cession.

Ces indicateurs ont un point commun : ils cherchent généralement à isoler une performance considérée comme plus représentative de l’activité courante de l’entreprise.

Exemples d’indicateurs qui ne sont généralement pas des MPM

À l’inverse, certains indicateurs très utilisés dans la communication financière ne sont généralement pas des MPM, même s’ils peuvent être des APM.

C’est notamment le cas :

  • de la dette nette ;
  • du Free Cash Flow ;
  • du ROCE ;
  • du gearing ;
  • du ratio dette nette / EBITDA ;
  • du besoin en fonds de roulement ;
  • des indicateurs purement bilanciels ;
  • des indicateurs de trésorerie ;
  • des indicateurs de rendement des capitaux investis.

Ces indicateurs peuvent être utiles pour analyser la situation financière, la liquidité ou la rentabilité économique de l’entreprise, mais ils ne correspondent pas à des sous-totaux de produits et de charges du compte de résultat.

Ils relèvent donc généralement du champ des APM, mais pas de celui des MPM.

Le point clé à retenir

La qualification d’un indicateur en MPM ne dépend pas uniquement de son nom.

Un même indicateur peut être un MPM dans une entreprise et ne pas l’être dans une autre, selon la manière dont il est utilisé et communiqué.

La question à se poser est donc la suivante :

L’indicateur est-il un sous-total de produits et de charges, non défini par les IFRS, utilisé publiquement par la direction pour communiquer sa vision de la performance financière ?

  • Si la réponse est oui, il s’agit généralement d’un MPM.
  • Si la réponse est non, l’indicateur peut éventuellement être un APM, mais il ne relève pas du champ spécifique des MPM prévu par IFRS 18.

3. Quelles sont les nouvelles obligations imposées par IFRS 18 ?

Avant IFRS 18, les entreprises pouvaient communiquer des Management Performance Measures (MPM) avec un niveau d’information très variable. Certaines expliquaient leur mode de calcul, d’autres se limitaient à publier un indicateur sans préciser les ajustements retenus.

Afin d’améliorer la transparence et la comparabilité des états financiers, IFRS 18 impose désormais des informations obligatoires en annexe pour chaque MPM communiqué.

Concrètement, l’entreprise devra fournir les informations suivantes dans une nouvelle note dédiée :

1. Définir clairement le MPM

L’entreprise doit expliquer ce que mesure l’indicateur et pourquoi il est utilisé par la direction pour évaluer la performance financière.

Le lecteur doit pouvoir comprendre la finalité du MPM sans ambiguïté.

2. Décrire son mode de calcul

L’entreprise doit présenter la méthode de calcul retenue ainsi que les principaux ajustements effectués.

Cette description doit être suffisamment précise pour permettre à un utilisateur de reproduire le calcul.

3. Présenter un rapprochement avec un sous-total IFRS

Il s’agit de la principale nouveauté introduite par IFRS 18.

Chaque MPM doit être rapproché du sous-total IFRS le plus directement comparable, en expliquant de manière distincte chacun des ajustements réalisés.

Cette réconciliation permet aux utilisateurs de comprendre précisément comment l’indicateur a été construit.

Insérer ici une illustration IFRS PLUS montrant un tableau de réconciliation entre un résultat opérationnel IFRS et un EBITDA ajusté.

4. Expliquer les incidences fiscales et les intérêts ne donnant pas le contrôle

Lorsque les ajustements présentés dans la réconciliation ont un effet fiscal ou concernent les intérêts ne donnant pas le contrôle (participations ne donnant pas le contrôle), ces impacts doivent également être indiqués.

Cette exigence permet d’améliorer la compréhension des retraitements opérés.

5. Assurer la permanence des méthodes

Le mode de calcul d’un MPM doit être appliqué de manière cohérente d’un exercice à l’autre.

En cas de modification de sa définition ou de sa méthode de calcul, l’entreprise doit expliquer la nature du changement ainsi que ses effets sur la comparabilité des informations publiées.

4. Les confusions les plus fréquentes

L’application des Management Performance Measures (MPM) soulève encore de nombreuses interrogations. Voici les principales confusions rencontrées en pratique.

❌ Confusion n°1 : les MPM et les APM désignent la même chose

Les Management Performance Measures (MPM) ne doivent pas être confondus avec les Alternative Performance Measures (APM) définis par les orientations de l’ESMA.

Les MPM constituent une catégorie particulière d’APM introduite par IFRS 18. Ils concernent uniquement les sous-totaux de produits et de charges utilisés par la direction pour communiquer sa vision de la performance financière.

À l’inverse, certains APM, comme la dette nette, le Free Cash Flow ou le ROCE, ne constituent généralement pas des MPM.

❌ Confusion n°2 : l’EBITDA n’est pas un MPM

Cette affirmation est inexacte.

L’EBITDA n’est pas un sous-total défini par les normes IAS/IFRS. Aucune norme ne précise sa définition ni son mode de calcul, ce qui explique que sa composition puisse varier d’une entreprise à l’autre.

Dès lors qu’une entreprise utilise l’EBITDA (ou un EBITDA ajusté) dans ses communications publiques pour expliquer sa performance financière, cet indicateur répond généralement à la définition d’un Management Performance Measure (MPM) au sens d’IFRS 18.

Il devra alors respecter l’ensemble des obligations de présentation prévues par la norme, notamment la publication d’un rapprochement avec le sous-total IFRS le plus directement comparable, l’explication des ajustements retenus ainsi que les autres informations requises en annexe.

❌ Confusion n°3 : IFRS 18 interdit ou limite l’utilisation des MPM

IFRS 18 n’interdit pas les Management Performance Measures. Elle ne limite pas leur utilisation non plus.

Au contraire, la norme reconnaît qu’ils peuvent fournir une information utile aux investisseurs lorsqu’ils reflètent la manière dont la direction analyse la performance de l’entreprise.

La véritable nouveauté réside dans l’encadrement de leur présentation et des informations à fournir en annexe.

❌ Confusion n°4 : il suffit d’indiquer la formule de calcul

La publication d’un MPM ne se limite pas à présenter son mode de calcul.

IFRS 18 impose également d’expliquer la finalité de l’indicateur, de présenter une réconciliation avec le sous-total IFRS le plus directement comparable et de fournir les informations complémentaires requises, notamment les incidences fiscales et les intérêts ne donnant pas le contrôle lorsque ces informations sont pertinentes.

❌ Confusion n°5 : un MPM peut être redéfini chaque année

La définition d’un MPM doit rester cohérente d’un exercice à l’autre afin de préserver la comparabilité des états financiers.

Lorsqu’une entreprise modifie la composition ou le mode de calcul d’un MPM, IFRS 18 impose d’expliquer la nature du changement ainsi que les raisons qui le justifient.

Télécharger la brochure pdf

anass radi

ANASS RADI

Expert IFRS

Ces articles peuvent vous intéresser

MON BLOG

Retour en haut