Comment fonctionne le mécanisme des impôts différés en consolidation ?

anass radi

ANASS RADI

Expert IFRS

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Introduction

Dans les comptes consolidés, de nombreux retraitements sont effectués afin d’appliquer les règles de consolidation ou celles du référentiel IFRS et de présenter une image économique fidèle du groupe. Ces ajustements comptables peuvent créer des écarts entre la valeur comptable des actifs et passifs et leur base fiscale. Or, ces écarts ont souvent des conséquences fiscales qui ne se matérialiseront que dans le futur.

C’est précisément pour traduire ces effets que la norme IAS 12 – Impôts sur le résultat prévoit le mécanisme des impôts différés. L’objectif est de reconnaître, dans les comptes consolidés, l’impact fiscal futur des différences temporaires entre comptabilité et fiscalité, afin de rattacher correctement la charge d’impôt au résultat économique du groupe.

Comment fonctionne le mécanisme des impôts différés en consolidation ?

1. Pourquoi calcule-t-on des impôts différés en consolidation ?

La consolidation des comptes ne consiste pas uniquement à agréger les états financiers des filiales. Elle implique également un certain nombre de retraitements comptables destinés à harmoniser les règles appliquées au sein du groupe et à respecter les normes IFRS.

Ces retraitements peuvent modifier la valeur comptable de certains actifs ou passifs par rapport à leur valeur fiscale. Autrement dit, la base comptable utilisée dans les comptes consolidés peut différer de la base fiscale retenue par l’administration fiscale.

Ces écarts ne sont pas toujours définitifs. Dans de nombreux cas, ils se résorberont au cours des exercices futurs. On parle alors de différences temporaires.

Le mécanisme des impôts différés vise précisément à anticiper les conséquences fiscales futures de ces différences temporaires. L’objectif est d’éviter qu’un résultat comptable soit présenté sans tenir compte de l’impôt qui lui sera associé dans le futur.

Ainsi, les impôts différés permettent d’assurer un principe essentiel de l’information financière : le rattachement correct de la charge d’impôt au résultat économique du groupe, même lorsque les effets fiscaux apparaîtront dans des périodes ultérieures.

2. Différences permanentes et différences temporaires

Pour comprendre le mécanisme des impôts différés, il est essentiel de distinguer deux types d’écarts entre comptabilité et fiscalité : les différences permanentes et les différences temporaires.

Les différences permanentes

Les différences permanentes correspondent à des écarts entre le résultat comptable et le résultat fiscal qui ne seront jamais régularisés dans le futur.

Ces éléments affectent le montant de l’impôt exigible de l’exercice mais ne génèrent pas d’impôt différé, car ils ne créeront aucun effet fiscal ultérieur.

Exemples fréquents :

  • certaines charges non déductibles fiscalement (pénalités, amendes),
  • certaines exonérations fiscales (des produits définitivement non imposables),

Dans ces situations, l’écart entre comptabilité et fiscalité est définitif.

Les différences temporaires

Les différences temporaires, en revanche, correspondent à des écarts qui apparaissent entre la valeur comptable d’un actif ou d’un passif et sa base fiscale, mais qui se résorberont dans le futur.

Ces différences entraînent un décalage dans le temps entre :

  • la reconnaissance comptable d’un produit ou d’une charge,
  • et son traitement fiscal.

C’est précisément ce décalage qui justifie la comptabilisation d’impôts différés.

Par exemple :

  • une provision comptabilisée mais non déductible fiscalement immédiatement,
  • un amortissement comptable différent de l’amortissement fiscal,
  • certains retraitements effectués lors de la consolidation.

Dans ces situations, l’impôt correspondant sera payé ou récupéré dans les exercices futurs, ce qui justifie la reconnaissance d’un impôt différé dans les comptes consolidés.

3. Actif d’impôt différé et passif d’impôt différé

Les différences temporaires identifiées dans les comptes consolidés peuvent produire deux types d’effets fiscaux futurs. Selon le sens de l’écart entre la valeur comptable et la base fiscale, elles donnent lieu soit à un passif d’impôt différé, soit à un actif d’impôt différé.

Le passif d’impôt différé

Un passif d’impôt différé apparaît lorsque la différence temporaire conduira à payer davantage d’impôt dans le futur.

Cela se produit généralement lorsque la valeur comptable d’un actif dans les comptes consolidés est supérieure à sa base fiscale.

Dans cette situation, l’entreprise bénéficie d’un avantage fiscal immédiat, mais devra supporter une charge fiscale plus élevée dans les exercices futurs lorsque la différence se résorbera.

Exemples fréquents :

  • un amortissement fiscal plus rapide que l’amortissement comptable,
  • la réévaluation d’un actif dans les comptes consolidés,
  • certains ajustements de juste valeur réalisés lors d’un regroupement d’entreprises.

Dans ces cas, l’impôt correspondant n’est pas payé immédiatement mais sera dû ultérieurement en cas de sortie, ce qui justifie la reconnaissance d’un passif d’impôt différé.

L’actif d’impôt différé

Un actif d’impôt différé apparaît dans la situation inverse : lorsque la différence temporaire permettra de payer moins d’impôt dans le futur.

Cela se produit notamment lorsque la valeur comptable d’un actif est inférieure à sa base fiscale, ou lorsque certaines charges comptabilisées ne sont pas encore déductibles fiscalement.

Exemples fréquents :

  • provisions comptabilisées mais non déductibles immédiatement,
  • charges constatées en comptabilité avant leur déduction fiscale ;
  • déficits fiscaux reportables.

Dans ces situations, l’entreprise bénéficiera d’une économie d’impôt future, ce qui justifie la reconnaissance d’un actif d’impôt différé dans les comptes consolidés.

4. Comment calculer l’impôt différé en consolidation ?

Une fois les différences temporaires identifiées, le calcul de l’impôt différé repose sur un principe simple : il s’agit d’évaluer l’impact fiscal futur de ces différences.

La formule de base est la suivante :

Impôt différé = Différence temporaire × Taux d’impôt applicable

La différence temporaire correspond à l’écart entre :

  • la valeur comptable d’un actif ou d’un passif dans les comptes consolidés,
  • et sa base fiscale.

Le taux d’impôt utilisé doit être le taux d’imposition attendu au moment où la différence temporaire se résorbera. Il s’agit généralement du taux d’impôt en vigueur dans le pays de la filiale concernée.

Exemple simplifié

Supposons qu’un actif possède :

  • une valeur comptable de 1 000 dans les comptes consolidés,
  • une base fiscale de 800.

La différence temporaire est donc :

1 000 − 800 = 200

Si le taux d’impôt applicable est de 30 %, l’impôt différé correspondant est :

200 × 30 % = 60

Cette différence donnera lieu à la comptabilisation :

  • soit d’un passif d’impôt différé si elle entraîne un impôt futur à payer,
  • soit d’un actif d’impôt différé si elle conduit à une économie d’impôt future.

Dans la pratique, le calcul des impôts différés est réalisé poste par poste, afin d’identifier précisément les différences temporaires et leur impact fiscal futur dans les comptes consolidés.

5. Les principales situations générant des impôts différés en consolidation

Dans la pratique, les impôts différés apparaissent très fréquemment dans les comptes consolidés. Ils résultent principalement des différences entre les règles comptables appliquées dans les comptes consolidés et les règles fiscales applicables localement.

Certaines situations sont particulièrement courantes dans les groupes.

Les amortissements comptables et fiscaux différents

L’un des cas les plus fréquents concerne les écarts entre l’amortissement comptabilisé selon les règles du groupe et l’amortissement fiscal comptabilisé dans les comptes sociaux.

Par exemple, lorsqu’un actif est amorti :

  • plus rapidement fiscalement que comptablement,
  • la base fiscale de l’actif devient inférieure à sa valeur comptable.

Cette différence temporaire conduit généralement à la reconnaissance d’un passif d’impôt différé, car l’entreprise paiera davantage d’impôt dans le futur lorsque la différence se résorbera.

Les provisions non déductibles fiscalement

Certaines provisions comptabilisées en comptabilité ne sont pas immédiatement déductibles fiscalement.

Par exemple :

  • provisions pour risques ou litiges,
  • provisions pour indemnités de départ à la retraite,
  • provisions pour restructuration.

Dans ce cas, la charge est reconnue en comptabilité mais la déduction fiscale est différée. Cette situation crée une différence temporaire qui donne lieu à la comptabilisation d’un actif d’impôt différé, puisque l’entreprise bénéficiera d’une économie d’impôt lorsque la provision deviendra fiscalement déductible.

Les retraitements IFRS en consolidation

Les retraitements effectués lors de la consolidation peuvent également générer des différences temporaires.

Par exemple :

  • activation de contrats de location selon IFRS 16,
  • élimination des immobilisations en non valeur,
  • évaluation de certains instruments financiers selon IFRS 9,
  • ajustements de juste valeur lors de regroupements d’entreprises.

Ces ajustements modifient la valeur comptable des actifs ou des passifs dans les comptes consolidés, alors que leur traitement fiscal reste inchangé.

Il en résulte des différences temporaires qui doivent être analysées afin de déterminer l’impôt différé correspondant.

Les déficits fiscaux reportables

Les déficits fiscaux reportables peuvent également générer des impôts différés.

Lorsqu’une entité dispose de pertes fiscales pouvant être utilisées pour réduire l’impôt futur, un actif d’impôt différé peut être comptabilisé.

Cependant, la norme IAS 12 impose une condition importante : cet actif ne peut être reconnu que s’il est probable que l’entreprise disposera de bénéfices imposables futurs permettant d’utiliser ces déficits.

Cas particulier : impôt différé et goodwill

En consolidation, la norme IAS 12 prévoit une règle particulière concernant le goodwill. Lors de la reconnaissance initiale d’un goodwill dans le cadre d’un regroupement d’entreprises selon IFRS 3, aucun impôt différé n’est comptabilisé sur le goodwill lui-même. La raison est que le goodwill constitue un résidu de consolidation correspondant à la différence entre le prix d’acquisition et la juste valeur des actifs et passifs identifiables acquis. Dans la plupart des juridictions, ce goodwill n’a pas de base fiscale, ce qui créerait mécaniquement une différence temporaire imposable permanente si l’on appliquait la règle générale. Afin d’éviter la reconnaissance d’un passif d’impôt différé qui augmenterait artificiellement le goodwill lors de son calcul initial, IAS 12 interdit explicitement la comptabilisation d’impôts différés sur la reconnaissance initiale du goodwill.

Ces situations illustrent que les impôts différés apparaissent dès qu’il existe un décalage temporaire entre la comptabilité et la fiscalité. Leur analyse constitue donc une étape essentielle lors de la préparation des comptes consolidés.

En consolidation, la norme IAS 12 prévoit une règle spécifique concernant le goodwill. Lors de la reconnaissance initiale d’un goodwill dans le cadre d’un regroupement d’entreprises selon IFRS 3, aucun impôt différé n’est comptabilisé sur ce goodwill. Cette règle peut sembler surprenante, car le goodwill correspond à un actif inscrit dans les comptes consolidés alors que, dans la plupart des cas, il ne possède pas de base fiscale. En appliquant strictement le principe général d’IAS 12 (comparaison entre valeur comptable et base fiscale), on devrait donc constater une différence temporaire imposable.

Cependant, la norme interdit ce traitement afin d’éviter un effet circulaire dans le calcul du goodwill. En effet, si l’on comptabilisait un passif d’impôt différé sur le goodwill, ce passif viendrait augmenter les passifs identifiables de l’acquisition et modifierait mécaniquement le montant du goodwill lui-même. Pour éviter cette incohérence, IAS 12 prévoit explicitement qu’aucun impôt différé n’est reconnu lors de la comptabilisation initiale du goodwill.

Ce qui est important à retenir — Comprendre la logique économique des impôts différés

Le mécanisme des impôts différés permet de traduire dans les comptes consolidés les conséquences fiscales futures des écarts entre comptabilité et fiscalité. Il constitue ainsi un outil essentiel pour rattacher correctement la charge d’impôt au résultat économique du groupe.

Bien maîtrisé, ce mécanisme permet d’améliorer la qualité de l’information financière consolidée en donnant une vision plus fidèle de la charge fiscale réelle du groupe, au-delà des seuls effets immédiats de la fiscalité de l’exercice.

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