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Guerres et information financière :
quels impacts IFRS possibles dans les comptes 2025 et les publications du T1-2026 ?

anass radi

ANASS RADI

Expert IFRS

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L’escalade des tensions militaires au Moyen-Orient intervient à un moment délicat pour de nombreux groupes internationaux. Pour beaucoup d’entre eux, les comptes annuels 2025 sont en phase d’arrêté ou d’audit final, tandis que les directions financières commencent déjà à préparer les premières publications trimestrielles de 2026.

Dans ce contexte, les événements géopolitiques ne sont pas seulement une actualité internationale. Ils deviennent rapidement une question de reporting financier : faut-il réviser certaines estimations comptables ? déclencher des tests de dépréciation ? fournir des informations supplémentaires dans l’annexe ?

Selon les normes IFRS, plusieurs mécanismes peuvent être mobilisés lorsque des événements externes modifient l’environnement économique d’une entreprise.

Guerres et information financière : quels impacts IFRS possibles dans les comptes 2025 et les publications du T1-2026 ?

Transport aérien : impact sur les actifs et tests de dépréciation (IAS 36)

Pour les compagnies aériennes, les tensions dans certaines régions du monde peuvent modifier immédiatement la rentabilité de certaines liaisons. Lorsque des zones aériennes deviennent inaccessibles ou risquées, les compagnies sont contraintes d’allonger leurs trajets, ce qui entraîne une hausse significative des coûts opérationnels.

Dans les comptes consolidés, ces changements peuvent affecter les projections financières utilisées dans les tests de dépréciation prévus par IAS 36 – Dépréciation d’actifs.

Les directions financières doivent notamment réévaluer :

  • les flux de trésorerie futurs générés par certaines routes
  • les hypothèses de croissance du trafic
  • les coûts d’exploitation (notamment le carburant).

Si les nouvelles projections indiquent une rentabilité durablement dégradée, la valeur recouvrable de certaines unités génératrices de trésorerie peut devenir inférieure à leur valeur comptable.

Dans les comptes 2025 ou dans les publications du premier trimestre 2026, cela pourrait se traduire par des pertes de valeur sur des actifs aéronautiques ou sur certains goodwill liés à des acquisitions passées.

Tourisme et hôtellerie : baisse de fréquentation et indices de perte de valeur (IAS 36, IFRS 15)

Le secteur touristique est souvent l’un des premiers à réagir aux crises internationales. Une montée des tensions dans une région donnée peut provoquer une baisse rapide des réservations internationales.

Pour les groupes hôteliers ou les opérateurs touristiques, cela implique souvent une révision des perspectives de revenus et des taux d’occupation des établissements.

Dans ce contexte, les normes IFRS imposent d’évaluer si ces changements constituent un indice de perte de valeur au sens d’IAS 36.

Les analyses réalisées dans le cadre des clôtures 2025 pourraient notamment conduire à revoir :

  • les projections de cash-flows utilisées pour valoriser certains hôtels
  • les plans d’affaires associés à des investissements dans certaines destinations
  • les hypothèses de croissance du tourisme international.

Par ailleurs, certaines entreprises pourraient également réévaluer la collectibilité de certaines créances ou contrats commerciaux, conformément aux principes d’IFRS 15 – Produits des activités ordinaires.

Dans les publications financières de 2025 ou début 2026, les investisseurs pourraient ainsi observer des dépréciations d’actifs immobiliers, une baisse du chiffre d’affaires ou des ajustements de prévisions de revenus.

Pétrole et gaz : volatilité des marchés et instruments financiers (IAS 2, IFRS 9, IFRS 13)

Dans le secteur énergétique, les tensions géopolitiques produisent souvent un double effet. D’un côté, elles peuvent soutenir les prix du pétrole ou du gaz ; de l’autre, elles augmentent fortement la volatilité des marchés.

Pour les groupes pétroliers et gaziers, plusieurs normes IFRS peuvent être concernées :

  • IAS 2 – Stocks, pour la valorisation des stocks de matières premières
  • IFRS 9 – Instruments financiers, pour les contrats de couverture sur les prix de l’énergie
  • IFRS 13 – Évaluation à la juste valeur, pour certains actifs financiers.

Dans les états financiers, ces phénomènes peuvent se traduire par :

  • des variations importantes dans la juste valeur des dérivés énergétiques
  • des effets de couverture enregistrés en résultat ou en capitaux propres
  • une volatilité accrue du résultat financier.

Il n’est pas rare que, dans ce type de contexte, les groupes énergétiques publient des résultats opérationnels robustes mais accompagnés d’une volatilité financière liée aux instruments dérivés.

Transport maritime : perturbation des routes commerciales et contrats onéreux (IAS 37)

Les grandes routes commerciales maritimes traversent plusieurs zones géopolitiquement sensibles. Lorsque les tensions augmentent, les compagnies maritimes peuvent être confrontées à une hausse des coûts logistiques, des primes d’assurance ou des délais de livraison.

Si les coûts nécessaires à l’exécution d’un contrat dépassent les revenus attendus, les normes IFRS imposent l’application de IAS 37 – Provisions, passifs éventuels et actifs éventuels.

Dans ce type de situation, les entreprises doivent analyser si certains contrats de transport deviennent des contrats onéreux.

Les directions financières doivent alors estimer :

  • les coûts nécessaires pour honorer les engagements contractuels
  • les pénalités éventuelles en cas de résiliation
  • la durée probable de ces perturbations.

Dans les comptes 2025 ou dans les résultats publiés début 2026, certaines entreprises du secteur pourraient ainsi constater des provisions pour contrats déficitaires liées aux perturbations logistiques internationales.

Assurance : révision des hypothèses actuarielles et contrats d’assurance (IFRS 17)

Les compagnies d’assurance sont également directement exposées aux conséquences des crises géopolitiques, notamment à travers les assurances transport, énergie ou risques politiques.

Depuis l’entrée en vigueur d’IFRS 17 – Contrats d’assurance, les entreprises doivent régulièrement réévaluer les flux de trésorerie futurs associés à leurs portefeuilles de contrats.

Une escalade militaire peut conduire les assureurs à ajuster :

  • les probabilités de sinistres dans certaines zones
  • les coûts futurs attendus liés aux contrats d’assurance
  • les marges contractuelles associées à ces portefeuilles.

Dans les états financiers, ces ajustements peuvent apparaître sous la forme d’une augmentation des charges liées aux sinistres ou de variations dans la marge de service contractuelle.

Comptes 2025 et T1-2026 : événements post-clôture et information en annexe (IAS 10, IAS 1)

Pour de nombreux groupes, la question centrale est aujourd’hui de savoir comment qualifier ces tensions géopolitiques dans le cadre des états financiers.

La norme IAS 10 – Événements postérieurs à la période de reporting distingue deux situations : les événements ajustants et les événements non ajustants.

Selon l’analyse réalisée par les directions financières, les comptes 2025 pourraient inclure :

  • des ajustements d’estimations si les événements confirment des conditions existantes à la clôture
  • des informations détaillées dans les annexes si l’événement est postérieur.

Dans tous les cas, les exigences d’IAS 1 – Présentation des états financiers imposent de fournir des informations transparentes sur :

  • les principales sources d’incertitude dans les estimations
  • les jugements significatifs de la direction
  • les risques susceptibles d’affecter la continuité d’exploitation.

D’autres secteurs susceptibles d’être affectés

Au-delà des secteurs déjà évoqués, plusieurs autres industries pourraient également ressentir les effets indirects de ces tensions géopolitiques.

On peut notamment citer :

  • le secteur automobile, en raison des perturbations possibles dans les chaînes d’approvisionnement internationales
  • l’industrie aéronautique, dépendante des commandes des compagnies aériennes et des cycles économiques
  • les groupes de logistique et de supply chain, confrontés à des modifications des routes commerciales
  • les entreprises industrielles fortement consommatrices d’énergie, sensibles à la volatilité des prix du pétrole et du gaz
  • le secteur financier, exposé aux fluctuations des marchés et aux risques de crédit dans certaines zones.

Dans leurs prochaines communications financières, plusieurs groupes pourraient ainsi évoquer ces tensions dans leurs rapports annuels ou leurs présentations aux investisseurs.

Car, dans un environnement international instable, les normes IFRS ont précisément pour rôle de transformer ces chocs économiques en information financière claire, comparable et transparente.

Si l’issue et l’ampleur de ce conflit restent aujourd’hui incertaines, une réalité apparaît déjà clairement : plus la durée des tensions sera longue, plus leurs effets économiques se diffuseront dans l’économie mondiale et finiront par se traduire dans les états financiers des entreprises, compte tenu du rôle central de cette région dans les équilibres énergétiques et commerciaux internationaux.

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ANASS RADI

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