
Expert IFRS
Une action de préférence est une action qui ne donne pas exactement les mêmes droits que les actions ordinaires.
Contrairement à une action “classique”, elle peut accorder à son détenteur :
Autrement dit, avec les actions de préférence, le capital ne dit plus tout.
C’est précisément pour cela qu’elles posent problème en consolidation :
elles permettent de dissocier les droits politiques (le contrôle) des droits économiques (le rendement).
Sur le terrain, les groupes les utilisent pour :
C’est un outil parfaitement légal, mais qui exige une lecture attentive en IFRS, car il peut profondément modifier :

Les actions de préférence ne peuvent être émises que par des sociétés par actions.
C’est une règle de base, souvent mal connue, mais essentielle pour comprendre où ce mécanisme peut – ou non – être utilisé.
En France
En pratique, les actions de préférence sont possibles dans :
À l’inverse, elles sont exclues dans les SARL.
Pourquoi ? Parce que le capital d’une SARL est composé de parts sociales de même catégorie, ce qui empêche toute différenciation des droits entre associés.
Parmi les sociétés par actions, la SAS offre de loin la plus grande souplesse.
C’est souvent dans ce cadre que l’on rencontre :
C’est aussi la raison pour laquelle les SAS sont très utilisées dans :
Et dans le contexte marocain
Au Maroc, la logique est comparable, même si le cadre juridique diffère.
Les actions de préférence peuvent être mises en place dans les sociétés anonymes (SA), qui constituent le principal véhicule juridique permettant une différenciation des droits attachés aux actions.
En revanche :
Dans la pratique marocaine, les actions de préférence sont surtout utilisées :
Pour le consolideur ou le lecteur des comptes, le point clé reste le même qu’en France :
ce n’est pas la forme juridique seule qui compte, mais les droits réels attachés aux actions, tels qu’ils sont définis dans les statuts et les pactes.
Les actions de préférence sont avant tout un outil de réglage fin de la gouvernance et du partage de la valeur.
Elles permettent d’aller bien au-delà du schéma classique “une action = un vote = un dividende”, tout en restant dans un cadre juridique strictement encadré par la loi et les statuts.
Les actions de préférence n’obéissent pas à un cadre juridique unique au niveau international. Leur régime dépend fortement de la juridiction dans laquelle la société est constituée.
Sur le terrain, elles sont utilisées pour adapter les droits attachés aux actions à une situation précise : levée de fonds, arrivée d’un partenaire stratégique, réorganisation du capital, sécurisation du contrôle, etc.
Voici les principaux types d’actions de préférence que l’on rencontre le plus souvent en pratique.
3.1 Action à droit de vote renforcé (ex. double droit de vote)
Principe clé
Il s’agit d’actions auxquelles sont attachés plusieurs droits de vote par action (double, triple, quadruple). Le cas le plus courant est le double droit de vote, mais des mécanismes équivalents peuvent exister selon les statuts et la réglementation locale.
Usage
Ces actions sont utilisées pour :
En consolidation
Le droit de vote renforcé peut conduire à :
Le contrôle doit être apprécié sur la base des droits de vote réels, et non du capital.
3.2 Action à dividende prioritaire
Principe clé
Ces actions donnent droit à un dividende servi en priorité par rapport aux actions ordinaires, selon des modalités définies statutairement.
Usage
Elles sont couramment utilisées pour :
En consolidation
Ces actions influencent principalement :
Elles ont un impact direct sur le pourcentage d’intérêt, sans nécessairement modifier le contrôle.
3.3 Action à dividende plafonné
Principe clé
Le dividende attaché à ces actions est limité à un montant ou à un taux maximum, même en cas de forte performance de la société.
Usage
Ce mécanisme est utilisé pour :
En consolidation
Le plafonnement du dividende :
Le calcul du résultat part du groupe doit intégrer ces spécificités.
3.4 Actions à dividende cumulatif / non cumulatif
Principe clé
Usage
Ces actions sont fréquentes :
En consolidation
Elles traduisent une exposition économique différente au risque :
3.5 Action sans droit de vote
Principe clé
Ces actions confèrent des droits financiers, mais excluent toute participation aux décisions collectives.
Usage
Elles sont utilisées pour :
En consolidation
C’est un cas typique de :
Le groupe consolide à 100 % s’il contrôle, mais ne capte qu’une partie du résultat.
3.6 Actions assorties de droits spécifiques (veto, approbation, protection)
Principe clé
Certaines actions sont associées à des droits particuliers sur des décisions clés : veto, approbation préalable, droits renforcés sur certaines opérations.
Usage
Ces droits servent à :
En consolidation
En IFRS, peu importe que ces droits proviennent :
S’ils permettent d’influencer les activités pertinentes, ils doivent être intégrés dans l’analyse du contrôle.
3.7 Actions de jouissance
Principe clé
Les actions de jouissance sont des titres qui ne représentent pas une part du capital social, mais qui confèrent certains droits économiques (le plus souvent une participation aux bénéfices).
Elles sont généralement émises :
Elles n’accordent en principe aucun droit de vote, sauf disposition statutaire exceptionnelle.
Usage
Les actions de jouissance sont utilisées pour :
On les rencontre surtout dans certains contextes juridiques précis (France notamment), et beaucoup plus rarement dans les structures modernes orientées investisseurs.
En consolidation
En IFRS, les actions de jouissance appellent une vigilance particulière :
En pratique, le consolideur doit analyser :
À retenir
Les actions de préférence sont des instruments juridiquement variables, mais leurs effets en consolidation sont bien réels.
Pour le consolideur comme pour le lecteur des comptes, l’analyse des droits attachés aux actions est incontournable, car elle conditionne :
La mise en place d’actions de préférence obéit à un cadre juridique strict, dès lors qu’elles confèrent des avantages particuliers à certains actionnaires identifiés. À ce titre, leur émission doit respecter une procédure spécifique destinée à protéger l’égalité entre associés et la transparence de l’information.
4.1 Émission des actions de préférence lors de la constitution de la société
Lorsque les actions de préférence sont créées dès la constitution, leurs caractéristiques doivent être expressément prévues dans les statuts.
Les statuts doivent notamment préciser :
Depuis le 21 juillet 2019, dans le cas des SAS, l’évaluation des avantages particuliers par un commissaire aux apports n’est plus obligatoire, sauf disposition contraire.
En revanche, dans les autres formes de sociétés par actions (notamment les SA), l’intervention d’un commissaire aux apports demeure requise afin d’apprécier la réalité et la portée des avantages consentis.
4.2 Émission des actions de préférence en cours de vie sociale
Lorsque les actions de préférence sont émises après la constitution de la société, la procédure est plus encadrée.
Cette décision doit être accompagnée :
Les statuts de la société doivent ensuite être à mis à jour.

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